17-05-2018
Vers un business légal du cannabis en Belgique ?
Frédéric Brebant
Dans le Limbourg, une entreprise pharmaceutique veut installer une première plantation de cannabis à des fins strictement thérapeutiques. La loi belge, pour l’instant, interdit cette pratique, mais le cadre juridique pourrait bientôt évoluer.
Notre pays est-il en train de vivre un moment historique dans la diversification de son économie ? En province de Limbourg, l’entreprise Rendocan veut ouvrir un centre de recherches inédit et cultiver » le premier champ de cannabis légal en Belgique » sur une quinzaine d’hectares. Spécialisée dans l’étude du chanvre à des fins médicinales, cette entreprise pharmaceutique a en effet introduit un permis d’exploitation à Kinrooi, non loin de la frontière néerlandaise, et espère produire à terme cinq tonnes de cannabis par an.
Le projet fait toutefois face à un sérieux obstacle. Si les vertus thérapeutiques du cannabis – consommé de façon modérée – ont déjà été actées par l’Organisation mondiale de la santé, la culture de cette plante en Belgique reste toujours, aujourd’hui, une activité illégale. Comme le rappelle le SPF Justice, » détenir ou cultiver du cannabis est une infraction punissable d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement « , même si sa consommation fait l’objet, au quotidien, d’une » faible priorité de la politique des poursuites » ( sic). Traduction : la tolérance est de mise pour les détenteurs de cette drogue douce s’ils sont majeurs et s’ils se limitent à un usage personnel.
Une nouvelle économie
Un brin permissive, la loi belge sur cette drogue douce pourrait encore évoluer dans les prochaines semaines. En Europe, la vente de cannabis en pharmacie est en effet légale dans 16 pays et, aux Etats-Unis, la légalisation de la marijuana dans certains Etats a jeté les bases d’un nouveau business qui dope non seulement l’économie locale en termes d’emplois, mais élimine aussi certaines pratiques mafieuses tout en garantissant de précieuses recettes fiscales aux autorités concernées.
Interpellée par les effets bénéfiques de cette plante qui permet de calmer le stress et d’atténuer les douleurs causées par des maladies comme la sclérose en plaques et même certains cancers, la population belge est aujourd’hui plus réceptive à cette évolution des moeurs et aux éventuels débouchés économiques qu’une telle légalisation pourrait offrir dans un avenir relativement proche.
Le débat sur la vente contrôlée de cannabis à des fins exclusivement thérapeutiques est donc lancé et, au cabinet de la ministre de la Santé Maggie De Block, on précise que » le traitement du dossier est en cours pour faire évoluer le cadre juridique « . Si une majorité se dégage pour modifier la loi, la société Rendocan pourrait être donc la première entreprise à se lancer de manière légale dans cette activité inédite en Belgique, avant d’être probablement imitée par d’autres.
Optimistes, certains experts voient même dans ce nouveau business l’émergence d’une opportunité lucrative pour des agriculteurs en mal de diversification et de rentabilité.
Source : Trends
Le Limbourg pourrait accueillir la 1ère plantation de cannabis
L’entreprise Rendocan voudrait en produire légalement 5 tonnes par an. Elle attend le feu vert de la ministre de la Santé, qui se penche sur la question.
L’usage de cannabis thérapeutique – pur ou en solution oléagineuse, onguent ou spray – a le vent en poupe. Cette médication est prescrite, entre autres, pour combattre les nausées chez les patients cancéreux, les douleurs chroniques et les crises d’épilepsie. Le Canada est un pionnier dans ce domaine tandis que la vente de cannabis en pharmacie est déjà légale dans 16 pays européens, mais pas encore en Belgique. Seul le Sativex, un spray buccal contenant des extraits de cannabis pour les patients atteints de sclérose en plaques, est autorisé et remboursé.
L’entreprise limbourgeoise Rendocan prend le train en marche et mise, en premier lieu, sur le marché allemand. Elle nourrit le projet déjà bien avancé de construire à Kinrooi la première plantation doublée d’un centre de recherche dans le domaine du cannabis thérapeutique en Europe continentale. L’entreprise créée autour de Joris Vanvinckenroy et Steven Peters (ex-Mithra) a déjà approché les investisseurs afin de financer ses projets.
Quinze hectares
Rendocan – qui collabore avec l’Université d’Hasselt pour la mise en oeuvre du projet – dispose d’un terrain de 15 hectares mais elle ne pourra durant la phase initiale qu’exploiter un hectare pour la culture ainsi que des locaux pour la transformation, la recherche et les activités administratives.
L’objectif: produire 5.000 kilogrammes de cannabis thérapeutique par an. Rendocan prend exemple sur l’entreprise néerlandaise Bedrocan, qui s’impose les mêmes normes qu’une entreprise pharmaceutique. « Nous nous considérons comme
une entreprise de biotechnologie et la production de notre valeur ajoutée passe par le développement de nouvelles semences », confie Steven Peters.
Feu vert?
La viabilité du projet dépend du feu vert de la ministre de la Santé quant à l’autorisation de semer du cannabis, car la culture de cannabis thérapeutique reste, pour l’heure, une activité illégale. Le cadre juridique en vigueur doit donc être adapté. Le traitement du dossier est en cours au cabinet de la ministre Maggie De Block (Open Vld). « Mais plusieurs noeuds gordiens doivent encore être dénoués et nous préférons ne pas en dire davantage pour l’instant », précise-t-on.
Dans l’attente d’une révision de la loi, les plans de construction du centre de recherche et de la plantation ont été validés, et les demandes de permis d’exploitation déjà introduites. « Le jour où nous obtenons le feu vert, nous donnerons le premier coup de pioche », confirme Steven Peters.
Michaël Sephiha et Jan De Schamphelaere ■
Source : L’Echo

