9 avril 2026
Un coupable caché dans l’intestin pourrait être à l’origine de maladies cérébrales dévastatrices — et les scientifiques viennent de trouver un moyen de lutter contre ce phénomène.
Une nouvelle étude révèle que les bactéries intestinales pourraient jouer un rôle clé dans le déclenchement de la SLA et de la dégénérescence fronto-temporale. Les sucres nocifs produits par ces microbes peuvent déclencher des réponses immunitaires qui endommagent le cerveau. Cette avancée explique pourquoi certaines personnes génétiquement prédisposées développent ces maladies tandis que d’autres n’en sont pas atteintes. Plus prometteur encore, la réduction de ces sucres a amélioré la santé cérébrale lors d’expériences, laissant entrevoir de nouvelles possibilités de traitement.
Des chercheurs ont découvert que les sucres toxiques produits par les bactéries intestinales peuvent déclencher des attaques immunitaires qui endommagent le cerveau dans le cas de la SLA et de la démence. Cibler ces sucres pourrait ouvrir la voie à des traitements entièrement nouveaux, voire ralentir la progression de la maladie.
L’équipe a identifié un lien clair entre les microbes du système digestif et les lésions cérébrales observées dans la sclérose latérale amyotrophique (SLA) et la dégénérescence fronto-temporale (DFT). Elle a découvert que certains sucres bactériens peuvent déclencher des réactions immunitaires qui détruisent les cellules cérébrales et, surtout, elle a également identifié des moyens d’arrêter ce processus.
Comment la SLA et la DFT affectent le cerveau
La DFT touche principalement les régions frontales et temporales du cerveau, entraînant des changements au niveau de la personnalité, du comportement et du langage. La SLA, quant à elle, s’attaque aux motoneurones, provoquant une faiblesse musculaire progressive qui aboutit finalement à la paralysie.
Les causes sous-jacentes de ces deux maladies ne sont pas encore entièrement comprises. Les scientifiques ont étudié toute une série de facteurs potentiels, notamment la génétique, les expositions environnementales, les lésions cérébrales et l’alimentation.
Un mécanisme intestin-cerveau qui explique le risque de maladie
L’étude, publiée dans Cell Reports, aide à répondre à une question de longue date : pourquoi certaines personnes développent-elles ces maladies alors que d’autres n’en sont pas atteintes? Les chercheurs ont mis au jour une voie moléculaire qui relie l’activité intestinale aux lésions cérébrales, en particulier chez les personnes présentant certaines mutations génétiques.
« Nous avons découvert que des bactéries intestinales nocives produisent des formes inflammatoires de glycogène (un type de sucre) et que ces sucres bactériens déclenchent des réponses immunitaires qui endommagent le cerveau », a déclaré Aaron Burberry, professeur adjoint au Département de Pathologie de la Case Western Reserve School of Medicine.
Parmi les 23 patients atteints de SLA/DFT étudiés, 70 % présentaient des taux élevés de ce glycogène nocif. En revanche, seul un tiers environ des personnes ne souffrant pas de ces maladies affichait des taux similaires.
De nouvelles cibles thérapeutiques et un espoir pour les patients
Ces résultats pourraient avoir une pertinence clinique immédiate. En identifiant les sucres intestinaux nocifs comme un facteur de la maladie, les chercheurs disposent désormais de nouvelles cibles thérapeutiques. L’étude met également en évidence des biomarqueurs potentiels qui pourraient aider les médecins à identifier les patients susceptibles de bénéficier de traitements axés sur l’intestin.
Ces résultats ouvrent la voie à de nouveaux traitements visant à décomposer ces sucres nocifs dans le système digestif. Ils soutiennent également le développement de médicaments conçus pour agir sur la connexion entre l’intestin et le cerveau, offrant ainsi l’espoir de ralentir ou de prévenir la progression de la maladie.
Alex Rodriguez-Palacios, maître de conférences à l’Institut de Recherche sur la Santé Digestive de la Faculté de médecine, a déclaré que l’équipe avait réussi à réduire ces sucres nocifs lors de ses expériences, ce qui « a amélioré la santé cérébrale et prolongé la durée de vie ».
Pourquoi certaines personnes porteuses du gène défectueux développent la maladie
Cette découverte revêt une importance particulière pour les personnes porteuses de la mutation C90RF72, la cause génétique la plus courante de la SLA et de la DFT. Toutes les personnes porteuses de cette mutation ne développent pas nécessairement la maladie, et cette recherche aide à expliquer pourquoi.
Les résultats suggèrent que les bactéries intestinales agissent comme un facteur environnemental déclencheur, influençant l’apparition de la maladie chez les individus génétiquement à risque.
Des méthodes de recherche uniques à l’origine de cette avancée
Cette recherche a été rendue possible grâce aux méthodes de laboratoire de pointe du Département de Pathologie et de l’Institut de Recherche sur la Santé Digestive de l’université. Les scientifiques ont utilisé des modèles murins exempts de germes, élevés dans des conditions totalement stériles, en l’absence de toute bactérie. Cette approche permet aux chercheurs d’isoler les effets de microbes spécifiques sur la maladie.
Le programme est dirigé par Fabio Cominelli, professeur émérite et directeur de l’Institut de Recherche sur la Santé Digestive. Il s’appuie sur un système d’hébergement stérile innovant de type « cage dans la cage » développé par Rodriguez-Palacios, une capacité rare qui a rendu ce travail possible.
Ce dispositif permet de mener des études à grande échelle sur le microbiome, ce qui permet d’étudier la manière dont l’intestin et le cerveau communiquent. Les méthodes traditionnelles limitent généralement les chercheurs à l’étude d’un petit nombre d’animaux à la fois.
Prochaines étapes et essais cliniques potentiels
« Afin de comprendre quand et pourquoi du glycogène microbien nocif est produit, l’équipe mènera ensuite des études à plus grande échelle pour analyser les communautés du microbiome intestinal chez des patients atteints de SLA/DFT avant et après l’apparition de la maladie », a déclaré M. Burberry. « Nos résultats viennent également étayer la possibilité de mener des essais cliniques visant à déterminer si la dégradation du glycogène chez les patients atteints de SLA/DFT pourrait ralentir la progression de la maladie ; ces essais pourraient débuter d’ici un an. »
Traduction : V. Berlaimont
Source : Université Case Western Reserve

