8 juillet 2026
Des scientifiques allemands ont créé ce dispositif en tissu souple en collaboration avec le patient
• Un gant robotisé co-conçu a permis à un homme atteint de SLA sévère de retrouver l’usage de sa main et de s’alimenter de manière autonome.
• Ce dispositif souple et portable utilise des coussins gonflables, contrôlés par les signaux musculaires résiduels.
• Ce gant à faible coût offre un soutien personnalisé de la fonction de la main en cas de paralysie sévère.
Un nouveau gant souple portable a permis à un homme atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA) de retrouver l’usage de sa main, lui permettant de saisir des objets et de s’alimenter de manière autonome.
Ce dispositif a été développé par une équipe de scientifiques allemands qui ont travaillé en collaboration directe avec le patient. Ce dernier avait pratiquement perdu toute capacité à bouger sa main, à l’exception de petits mouvements de l’articulation du pouce. Grâce à ce nouveau gant, il a pu saisir avec précision divers objets du quotidien.
‘’Ce patient nous a démontré que notre exosquelette souple pour la main peut le soutenir malgré l’une des maladies neurologiques les plus graves‘’ a déclaré Gordon Cheng, PhD, co-auteur de l’étude menée à l’Université technique de Munich, dans un communiqué de presse de l’université.
Cheng et ses collègues ont décrit le développement de leur nouveau dispositif dans une étude intitulée ‘’Un exosquelette souple et dextre pour la main restaure la préhension intentionnelle chez les personnes souffrant d’une grave atteinte de la main’’, publiée dans Nature Machine Intelligence.
Comprendre la SLA et la perte de mobilité
La SLA est une maladie dans laquelle les cellules nerveuses qui contrôlent le mouvement sont progressivement endommagées et meurent, entraînant une faiblesse musculaire qui s’aggrave graduellement. Avec le temps, les personnes atteintes de SLA perdent la capacité de se déplacer par elles-mêmes et deviennent de plus en plus dépendantes de l’aide d’autrui pour accomplir leurs activités quotidiennes.
Diverses stratégies sont explorées pour redonner de l’autonomie aux personnes atteintes de SLA qui ont perdu la capacité de bouger et de communiquer. Par exemple, certains implants cérébraux ont permis à des patients de parler et de contrôler un ordinateur par la pensée.
Dans cette étude, des chercheurs ont entrepris de développer un exosquelette souple pour la main afin de restaurer la fonction manuelle d’un homme atteint de SLA. Le dispositif est essentiellement un gant fabriqué à partir de tissus d’habillement ordinaires et contenant plusieurs coussins d’air gonflables. En gonflant ou en dégonflant ces coussins, on peut positionner les doigts du porteur de manière à permettre à la main de bouger même lorsque les muscles qui contrôlent normalement ses mouvements sont paralysés.
Lorsqu’ils développent ce type de dispositif, les scientifiques effectuent généralement la plupart des tests en laboratoire afin de créer un produit final qui peut ensuite être testé sur des patients. Ces chercheurs ont adopté une approche différente, en impliquant activement le patient dans la conception du dispositif. Pendant plusieurs mois, ils ont organisé des séances de test au cours desquelles le patient a essayé des prototypes et a donné son avis sur ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas.
‘’Notre processus de co-création illustre l’intérêt de dépasser l’approche de conception centrée sur l’utilisateur en robotique d’assistance, où les utilisateurs sont généralement passifs et se contentent d’être observés et interrogés, pour adopter un processus de développement participatif. Dans ce cadre, les utilisateurs testent activement plusieurs prototypes, ce qui leur permet de fournir un retour d’information concret et tangible sur leurs expériences et leurs priorités’’, écrivent les chercheurs.
Le dispositif final fonctionne en détectant de faibles signaux électriques provenant du long fléchisseur du pouce du patient, un muscle de l’avant-bras normalement impliqué dans la préhension d’objets. Une analyse informatique avancée traduit ensuite ces signaux en mouvements intentionnels du patient.
D’après les retours du patient, le gant a été conçu pour fournir un soutien préformé, aidant ainsi à maintenir la main dans certaines positions pendant les mouvements.
‘’Notre solution est intelligente à deux égards’’, explique John Nassour, PhD, co-auteur de l’étude à l’Université technique de Munich. ‘’D’une part, nous avons développé une méthode très fiable de prédiction des mouvements de préhension en déduisant les intentions à partir des signaux avec une fiabilité de 97%. D’autre part, grâce à notre gant, nous avons développé un matériel qui soutient de manière optimale les mouvements intentionnels.’’
Le patient a finalement pu utiliser le dispositif pour saisir avec précision divers objets du quotidien, comme une bouteille, une assiette, une pomme et une pâtisserie. Il est à noter que le dispositif lui a permis de tenir une fourchette pour se nourrir seul, ce qui, selon les chercheurs, constituait le principal avantage pour lui.
Tests du dispositif sur des patients victimes d’AVC
Après avoir développé le dispositif en collaboration avec le patient atteint de SLA, les chercheurs ont testé le produit final sur six personnes souffrant de paralysie de la main suite à un AVC. Trois de ces patients présentaient une paralysie sévère, similaire à celle du patient atteint de SLA, et chez eux, le dispositif a généralement amélioré leur préhension.
Les trois autres patients présentaient une paralysie plus modérée, avec une meilleure capacité à bouger leurs doigts grâce à leurs propres muscles. Chez ces personnes moins atteintes, le dispositif s’est avéré nettement moins bénéfique, voire aggravé leur état dans certains cas.
Les chercheurs ont déclaré que cette divergence reflète probablement les différents besoins des patients présentant différents niveaux de fonctionnalité de la main, soulignant la nécessité de stratégies personnalisées plutôt que d’une approche universelle.
« L’une des principales conclusions de cette étude est que l’utilité des exosquelettes d’assistance à la main dépend fortement du niveau de fonction résiduelle de la main », ont écrit les scientifiques. « Alors que les patients présentant des déficiences sévères ont bénéficié considérablement d’une dextérité supplémentaire et d’un soutien de pré-mise en forme, certains patients modérément handicapés n’ont connu aucun bénéfice, voire une performance réduite. Cela met en évidence que les exosquelettes optimisés pour la paralysie sévère peuvent interférer avec les stratégies motrices volontaires chez les patients ayant une fonction résiduelle plus élevée, soulignant la nécessité de conceptions d’assistance spécifiques à la déficience. »
Les chercheurs ont souligné que des travaux supplémentaires sont nécessaires pour développer et optimiser ce dispositif destiné aux personnes ayant divers besoins de soutien. Cependant, ils ont noté que le gant est compact, léger et fabriqué à partir de matériaux peu coûteux, ce qui devrait faciliter l’accessibilité.
« Nous avons trouvé une solution accessible à tous, mais qui fonctionne toujours très bien », a déclaré Cheng.
Traduction: Gerda Eynatten-Bové
Source: Als News Today

