Une femme handicapée de Pennsburg met les Google Glass à l'épreuve

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20-02-2014

Une habitante de Pennsburg est en train de tester cette nouvelle technologie, avec l'espoir d'aider ceux qui ont perdu le contrôle de leurs muscles.

Sarah Brendle apportera sa contribution à Google, dans le but de déterminer comment cet appareil peut aider les gens atteints de SLA.

Par Tim Darragh, du Morning Call

Sarah Brendle était une mère trentenaire typique – mariée, avec un emploi et deux jeunes garçons – lorsqu'elle a commencé à ressentir quelques faiblesses au niveau des jambes, ainsi qu'une fatigue très intense.

Les consultations menées chez différents médecins ont abouti sur une terrible conclusion : c'était la sclérose latérale amyotrophique, également connue sous le nom de « maladie de Lou Gehrig », une affection dégénérative du système nerveux qui entraîne une paralysie suivie du décès.

Une fois le choc passé, cette habitante de Pennsburg s'est mise à penser aux évènements familiaux auxquels elle ne pourrait peut-être pas participer – les matchs de football de ses enfants Dillon et Eli, leurs anniversaires ou leurs vacances.

« Lorsque le diagnostic tombe, vous pensez à toutes les choses que vous allez rater, » dit-elle.

Heureusement, la maladie de Sarah a progressé lentement. Cinq après après avoir appris qu'elle souffrait de SLA, les faiblesses sont toujours présentes, mais Sarah – désormais âgée de 40 ans – est toujours capable de marcher et d'utiliser ses bras et ses jambes. Elle a même réussi à avoir un autre enfant, Phoebe, qui a 3 ans.

Cependant, il arrivera forcéement un jour où elle ne pourra plus marcher, voire même lever son bras.

C'est pourquoi elle est très emballée à l'idée de participer au test de la version bêta des Google Glass, qui s'apparentent essentiellement à un smartphone portable qu'on peut commander au toucher et à la voix. Dans la stratégie de développement de ces lunettes high-tech, Google sollicite l'aide de ses consommateurs et y inclut également la contribution de personnes souffrant d'un handicap.

À l'heure actuelle, l'utilisateur enfile l'appareil sur le visage comme une paire de lunettes. Elles peuvent se porter seules ou par-dessus une paire de lunettes classique. Une fois que l'utilisateur les a demarrées d'une légère pression, il peut activer des applications grâce au mouvement de ses yeux ou via un contact du doigt sur le côté de l'appareil. Les informations sont affichées comme si elles se trouvaient sur un écran d'ordinateur placé à quelques dizaines de centimètres. Elles ne se trouvent pas dans le champ de vision direct, de telle sorte à ne pas boucher la vue.

Les lunettes fonctionnent comme un smartphone. Même avec une version bêta de base, les Google Glass de Sarah peuvent prendre des photos, envoyer des messages et visiter des sites Internet.

Sarah dit que c'est « cool » de pouvoir participer au développement d'une application technologique à la pointe du progrès.

Mais dans un futur relativement proche, les Google Glass pourraient permettre aux personnes atteintes de SLA et d'autres maladies neurologiques d'exécuter des tâches quotidiennes et de conserver leur indépendance, selon les dires de Frank Hyland, vice-président du service de rééducation au « Good Shepherd Rehabilitation Network ».

« Cela vous ouvre les portes du monde, » a-t-il affirmé.

Sarah a reçu les lunettes la semaine dernière des mains d'Alisa Brownlee, une technicienne d'assistance à l' « ALS Association Greater Philadelphia Chapter ».

Mais tout le monde n'a pas directement accès aux Google Glass. La firme possède quelques clients ainsi que des « Explorateurs » qui peuvent envoyer une demande pour obtenir une première version de l'appareil ; en cas de réponse positive, ils peuvent l'acheter pour 1500 $. Selon Alisa Brownlee, la demande de la fondation a été acceptée ; désormais, Sarah ainsi que d'autres personnes atteintes de SLA se partagent l'appareil afin de récolter leurs impressions.

Alisa a hâte de voir quand les Google Glass pourront aider les patients souffrant de SLA à renouer des contacts avec leur communauté, surtout ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un véhicule adapté, dont le prix atteint 40 000 $. Si la personne est incapable de se rendre à un évènement, quelqu'un sur place peut filmer la scène et permettre à la personne de la visionner à travers ses Google Glass, comme si elle s'y trouvait. Comme le savent les parents de footballeurs, les terrains se trouvent parfois loin des parkings ; assister au match devient alors un véritable défi pour les gens comme Sarah Brendle.


  
Il y a aussi d'autres obstacles. Par exemple, une météo neigeuse augemente l'isolement des personnes atteintes de SLA.

« Parfois, on sent bien qu'on n'a pas la possibilité de sortir, » dit Sarah, tout en faisant remarquer qu'elle risque de tomber à n'importe quel moment.

Les Google Glass pourraient également posséder une utilité dans les tâches pratiques du quotidien. Sarah affirme qu'elle pourrait ainsi économiser des forces, par exemple lorsqu'elle doit se lever de son fauteuil pour appeler son mari, quand il est sorti et qu'elle a besoin de lui.

« Il me suffit de les tapoter et de lui envoyer un message disant 'Peux-tu venir dans 5 minutes?' C'est vraiment très facile. »


 

Pourtant, les Google Glass ont encore besoin de quelques retouches avant d'obtenir l'adhésion de tous les patients attents de SLA, affirme Alisa Brownlee. Certains patients ne sont pas capables de lever le bras pour les toucher. D'autres ont perdu la parole, rendant la commande vocale inutile. Ce sont là différents challenges que les développeurs de Google vont devoir relever, dit-elle encore.

Un des avantages des Google Glass par rapport à d'autres technologies est qu'elles ne nécessitent pas de positionnement, comme pour les appareils utilisant le regard, dit Alisa Brownlee. Cela pourrait aider ceux qui subissent des pertes d'énergie au niveau des muscles du cou et qui ne sont plus capables de tenir leur tête droite, dit-elle. La technologie basée sur le regard, initialement développée pour des applications militaires, utilise un lecteur infrarouge qui offre la possibilité aux gens de taper des mots avec les yeux.

Selon Frank Hyland et John Grencer, directeur administratif du programme technologique au Good Shepherd, les Google Glass font partie d'un lot de nouveaux appareils très prometteurs pour les personnes souffrant d'un handicap. La casque de réalité virtuelle « Oculus Rift » pourrait aider ceux qui possèdent un contrôle limité des extrémités de leur corps, déclarent-ils. Une autre technologie en cours de développement pourrait utiliser les ondes cérébrales pour commander des actions externes, mais cela reste encore assez lointain.

Ils prévoient également l'apparition de logiciels de « cloud computing » fonctionnant en relation avec les Google Glass, ce qui pourrait aider les gens avec des lésions cérébrales à se souvenir de leurs tâches journalières, ou bien aider ceux qui souffrent de troubles du spectre autistique à reconnaître les émotions des autres.

Le tout est de trouver des solutions pour adapter la technologie à des personnes manifestant des aptitudes et des besoins différents.

Cette année fut celle des interfaces utilisateur, affirme John Grencer.

Autre avantage : tout comme la technologie classique comme les lecteurs DVD ou les smartphones, les Google Glass verront leur prix descendre au fur et à mesure de leur développement et de l'acceptation du marché. On attend un baisse du prix actuel (1500 $) pour atteindre approximativement la barre des 500 $, déclarent-ils. C'est bien meilleur marché et clairement une meilleure option que les appareils basés sur la technologie du regard, qui coûtaient 30000 $ il y a quelques années et qui tournent toujours autour des 7500 $, dit John Grencer.

Les dirigeants de Google sont restés vagues quant au timing du déploiement vers le marché de détail, mais cela pourrait déjà se produire cette année. Ils pourraient néanmoins se heurter à la concurrence, car le Korea Times a récemment annoncé que Samsung se préparait à sortir sa propre version de technologie portable, et ce pour l'automne. Le service des relations publiques de Google n'a pas répondu à ce communiqué.

Entretemps, John Grencer et Sarah Brendle affirment que Google devrait être félicité pour sa volonté de récolter des opinions provenant d'horizons divers, notamment les patients atteints de SLA.

Selon Sarah, cet appareil va certainement remonter le moral des personnes handicapées. Tout ce qui peut les aider à augmenter leur sentiment de sécurité et d'indépendance sera fortement apprécié, dit-elle.

« Cela leur donne de l'espoir », poursuit-elle, « car les personnes handicapées ont besoin de s'enthousiasmer pour certaines choses ».

 

Traduction : Nicolas Hansen

Bron: The Morning Call

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