La Mexilétine est-elle efficace contre la SLA?

28-02-2013

Cambridge, Massachusetts (VS), 5 février 2013

Il faut souvent plus de 10 ans de recherche avant pouvoir mettre un médicament sur le marché. Des médecins essayent d’accélérer cette procédure parce que les pALS n’ont en moyenne que 2 à 5 ans à vivre après le diagnostic. En organisant autrement les examens cliniques, certains experts pensent que des médicaments peuvent être testés plus rapidement. Des médicaments inefficaces ou dangereux peuvent aussi être écartés plus rapidement via des tests sur l’opportunité d’utilisation.


Photo : Calmer les neurones en cas de SLA La Mexilétine peut améliorer la protection des motoneurones en diminuant l’hyperactivité des canaux de sodium (en bleu) dans le système nerveux central.

Toutefois, certains chercheurs espèrent changer plus rapidement la vie des pALS en utilisant des médicaments déjà existants et approuvés par la FDA (US Food and Drug Administration). Ils comptent pour cela sur des médicaments qui agissent sur des mécanismes récemment découverts chez la SLA.

Un de ces médicaments, la Mexilétine, pourrait réduire l’hyperactivité (hyperexcitabilité) de certains neurones chez les pALS. Cette hyperactivité est probablement l'une des premières phases de la maladie. Les chercheurs pensent que ce médicament pourrait réduire l’endommagement supplémentaire de motoneurones, ralentissant ainsi le processus de la maladie.

Selon Dr Michael Weiss MD, spécialiste des maladies neuromusculaires de la « University of Washington School of Medicine » et chercheur principal de cette étude : « La Mexilétine pourrait être bénéfique aux pALS, l’hyperexcitabilité étant peut-être un des premiers stades du processus neurodégénératif. »

L’essai clinique en phase II est planifié début 2013.
La Mexilétine était déjà utilisée au début des années 1990 par les médecins comme remède pour la raideur musculaire chez des personnes souffrant d'une forme de myotonie (nom d’un groupe des maladies musculaires rares). Le produit a initialement été développé pour empêcher les arythmies cardiaques. Il ferme les canaux de sodium erronément activés, permettant ainsi aux muscles de mieux se détendre.

La Mexilétine a été récemment testée chez les personnes atteintes de myotonies non dystrophiques. Il s'est avéré que des symptômes importants de la myotonie, y compris la raideur et les douleurs musculaires ont été réduits. Elle est maintenant prescrite de plus en plus aux personnes atteintes de myotonie.

« Nous avons démontré que la Mexilétine fonctionne bien. C'est un excellent résultat. » a déclaré le Dr Richard Barohn, spécialiste des troubles neuromusculaires du centre médical de l'Université du Kansas et chef de la recherche.

On examine maintenant si la Mexiletine peut également être utilisée comme remède contre les spasmes musculaires chez d'autres maladies, dont la SLA.

« Nous pensons que beaucoup de problèmes de crampes musculaires sont causés par ces canaux de sodium hyperactifs, les axones ne fonctionnant pas correctement. » a déclaré Dr. Bjorn Oskarsson, neurologue à ‘University of California - Davis School of Medicine’ et chercheur principal de cette recherche.

Combattre l’hyperactivité
Le neurologue Robert Brown de l'Université du Massachusetts pense que la Mexilétine pourrait être encore plus bénéfique pour les gens atteints de SLA. Le médicament peut diminuer l’hyperactivité des canaux de sodium dans certains neurones du cerveau et de la moelle épinière. Cette hyperactivité peut être la cause de ou contribuer à l’endommagement des cellules nerveuses, menant à la progression de la SLA. M. Brown a expliqué que dans un modèle murin de SLA, l’administration quotidienne de Mexilétine a augmenté considérablement la durée de vie.

Des recherches menées par Kerry Mills, PhD FRCP, du « King’s College of London » et Steve Vucic, PhD, de « Neuroscience Research Australia » ont révélé que l’hyperactivité pouvait être considérée comme un stade précoce de la maladie. Les canaux de sodium dans certains neurones des centres moteurs du cerveau semblent être hyperactifs chez les personnes atteintes de SLA. Cela peut se produire avant même que les symptômes ne se manifestent, selon une recherche à petite échelle menée chez des personnes présentant un risque élevé de SLA familiale (héréditaire).

La Mexilétine ne semble donc pas seulement protéger les motoneurones contre plus de dommages, elle semble aussi ralentir la progression de la SLA à un stade précoce.

Des neurologues des États-Unis sont maintenant prêts à tester chez des pALS si la Mexilétine peut effectivement ralentir la progression de la maladie.

L’essai clinique en phase II durera 16 semaines et sera réalisé sur 10 sites (dans le nord-est des Etats-Unis) liés au « Northeast ALS Consortium (NEALS) », dont la « University of Washington School of Medicine », le « University of Kansas Medical Center » et la « Penn State University School of Medicine ».

L'objectif principal de cette phase est de déterminer si la Mexilétine est sans danger pour les pALS et est bien tolérée par eux. En outre, la fonctionnalité musculaire sera mesurée (ALS FRS) ainsi que la fréquence et la gravité des spasmes musculaires. Il est prévu que 60 pALS participeront à cette recherche.

« Nous connaissons déjà bien la Mexilétine, c'est un médicament très sûr qui est approuvé par la FDA depuis plus de 20 ans. » a déclaré le Dr Micheal Weiss MD.

 

Traduction : Fabien

Source : ALSTDI / StopALS.nu

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