Faux ARN traitement possible contre SLA

15-01-2024

On sait peu de choses sur les mécanismes à l’origine de la SLA, une maladie nerveuse et musculaire. Dans le cadre de nouvelles recherches, les scientifiques ont réussi à limiter les dommages causés par la maladie aux cellules humaines et aux animaux de laboratoire.

La sclérose latérale amyotrophique ou SLA est une maladie débilitante et mortelle qui affecte les cellules nerveuses du cerveau et de la moelle épinière. Cela complique la communication entre les cellules nerveuses et les muscles, provoquant un affaiblissement de ceux-ci au point que même la respiration n'est plus possible. Avec un peu de chance, les médicaments peuvent retarder l'évolution de la maladie de quelques mois, mais il n'est pas encore possible de la guérir.

Il existe encore une incertitude quant aux origines de la SLA. Parfois, la maladie est héréditaire et un gène pouvant la causer est transmis du parent à l’enfant. Dans la plupart des cas, environ 90 pour cent, il s'agit d'une forme sporadique dans laquelle la maladie est causée, par exemple, par une mutation fortuite d'un gène. Une mutation du gène C9orf72 est responsable de plus de 30 % des cas héréditaires et de 5 % des cas sporadiques de SLA et constitue donc la cause génétique la plus importante.

La mutation du gène C9 provoque la production de protéines atypiques. Ces protéines peuvent se lier à l’ARN d’une cellule nerveuse, qui transmet entre autres les instructions de l’ADN aux cellules. Parce que les protéines atypiques retiennent l’ARN et forment une sorte de bouchon, l’ARN ne peut plus jouer son rôle normal dans la cellule. Cela peut entraîner la détérioration et la mort de la cellule nerveuse.

Morceaux de protéines toxiques 
Des chercheurs de l'Université de Barcelone ont découvert que le poly-GR, l'une des protéines atypiques provoquées par une mutation C9, s'attache à un morceau spécifique d'ARN. En reproduisant exactement ce petit morceau d’ARN, les scientifiques ont tenté de tromper la protéine poly-GR et de l’empêcher de coller au véritable ARN. De cette façon, le morceau de faux ARN pourrait empêcher la cellule d’être endommagée et de mourir.

Pour leurs recherches, les scientifiques ont étudié les mouches des fruits et les cellules nerveuses humaines en laboratoire. Ils ont injecté de faux ARN dans des cellules humaines chaque mois pendant trois mois. L’administration de faux ARN a réduit de moitié le nombre de cellules présentant des bouchons poly-GR toxiques. Dans les cellules qui contenaient encore des bouchons de protéines toxiques, un quart de cellules nerveuses en moins sont mortes. En revanche, un morceau d’ARN témoin, qui contenait une particule d’ARN moins attractive pour le poly-GR, n’avait pratiquement aucun effet.

"Il s'agit d'une étude très innovante et méthodologiquement solide qui confirme leurs résultats sur les mouches des fruits et les cellules nerveuses humaines in vitro", explique Christine Germeys. Elle est neuroscientifique au Centre VIB-KUL pour le cerveau et les maladies et n'a pas participé à cette recherche. «Les mouches des fruits constituent un complément intéressant à l'analyse des cellules humaines dans le cadre de cette recherche.» Ils ont une constitution génétique étonnamment similaire : 75 % des gènes humains ont une variante de mouche des fruits. Cela permet d'examiner l'effet du traitement dans un organisme vivant composé de plusieurs types de cellules.» Pourtant, cette recherche ne fournit qu'une petite pièce du puzzle. «Il s'agit d'une protéine atypique, poly-GR, alors qu'il en existe quatre autres, dont au moins une se lie également fortement à l'ARN. Il existe en outre d’autres mécanismes possibles », note Germeys. Ces résultats constituent néanmoins une bonne nouvelle pour la science et la recherche sur la SLA. « D'autres gènes peuvent également jouer un rôle dans le développement de la SLA. Une telle technique peut également avoir un effet là-bas, même si le traitement du béton nécessitera un processus long et complexe. Mais plus la science en apprend sur la maladie, plus nous nous rapprochons d’un traitement", a-t-il déclaré.

Cette recherche met en lumière le mécanisme à l’origine de la SLA, bien que ces connaissances soient également importantes pour la démence frontotemporale. Une mutation sur le gène C9 joue également un rôle dans le développement de cette maladie. Les résultats de cette étude sont donc pertinents pour tous les « patients C9 » et pas uniquement pour les personnes atteintes de SLA.

Une percée dans la recherche n’a pas la même signification qu’une percée dans le traitement. Les résultats de la recherche évoquée ci-dessus pourraient constituer la base d’une nouvelle thérapie, mais le processus de développement prendra bien des années.

Traduction: Eric Kisbulck
Source:  EOS Science
 

 

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